lundi 24 septembre 2007

Un enfant en cage!

Je suis dépassée par certaines situations dans le milieu scolaire.

Voilà qu'après un mois d'école, j'accueille un nouvel élève. Il s'avère que ce dernier est tout un cas. À un point tel que je me questionne sur le fait que notre école puisse répondre à ses besoins. Deux avant-midi et je suis découragée, épuisée et anxieuse pour la suite.

Deux avant-midi où nous avons vécu, mon éducatrice et moi, le chaos total. Deux avant-midi pendant lesquelles mes quatre autres enfants ont été assis devant la télévision pendant nous tentions de gérer notre petit nouveau, que nous tentions de tout redéplacer le mobilier afin de répondre aux besoins de cette petite boule d'énergie et par le fait même, nous donner un temps pour souffler.

Un autiste avec une déficience non qualifié jusqu'alors, mais qui semble être profonde et hyperactif en plus de tout cela. Le premier avant-midi, nous nous sommes faites dire qu'il n'avait pas reçu sa médication. Le deuxième avant-midi, aucun changement n'a été remarqué avec la médication.

Un enfant avec des besoins bucaux tellement forts qu'il lèche tout: télé, ordi, tuyau de métal, clôtures ou que tout ce qui lui tombe sous la main se retrouve dans sa bouche. Donc, dangerosité numéro 1: l'étouffement. De plus, c'est un enfant qui grimpe partout et qui tente de fuguer constamment. S'évader de la classe, s'évader de la cours d'école. Pour aller où? On l'ignore et lui aussi probablement. Dangerosit 2: la perte d'un enfant. Les autistes ont des fixations comme ça...ce qui arrive c'est lorsque la déficience s'en mêle, c'est assez complexe de faire comprendre à l'enfant le pourquoi du comment.

Certaines fixations sont plus simples que d'autres à traiter...Les fugues ça demandent que tout le monde se mobilise. Notre petite tournade ne peut pas être laissé 1 minute tout seul. Il monopolise un intervenant tout au long de la journée.

Vous ai-je déjà parlé des quatre autres enfants que j'ai?

Deux à mobilités réduites qui ont besoin d'un accompagnement tout au long de la journée. Le premier est gavé, porte un corset quelques heures par jour, se déplace péniblement et tape tous ceux qui passent trop prêt de lui. L'autre a le syndrôme de Rett, maladie dégénérative qui s'attaque seulement aux petites filles. Après la première phase, la petite fille perd tous ses acquis. Donc, bien souvent, comme dans mon cas, l'enfant n'a plus l'usage de ses mains et marche en titubant. D'où la nécessité d'un accompagnement.

Les deux autres ont leur pleines capacités physiques. Ils ont pleins d'énergie, se déplacent seul et fonctionnent merveilleusement bien dans la structure proposée. L'un deux s'automutile a en faire pitié lorsqu'il ne se sent pas bien et l'autre a un problème de constipation qui lui fait faire des crises dont les hurlements sont pénibles à entendre tant la douleur est perceptible.

Vous imaginez maintenant le topo du goupe en entier? Disons que la tornade n'arrive pas dans un groupe où les intervenants ont beaucoup de temps libre. En fait, ils en ont pas du tout. Et pour assurer la sécurité de notre petit nouveau, cela exige que tous les autres enfants soient privés de services. Ils écopent à cause de la lourdeur de leur nouveau compagnon de classe.

Afin que gérer cette boule d'énergie, un coin a été bati pour lui. Ce coin, je l'appelle la cage! C'est effectivement à ça que ça ressemble. Je ne suis tellement pas alaise moralement avec cette façon de faire. Depuis sa construction, j'essaie de valider quelle est la légalité de cet endroit.

Vous serez beaucoup plus outrés que moi en apprenant que c'est une pratique courante avec des jeunes ayant un tel profil. Et sachez, qu'ils peuvent y passer des heures. Tant que cette mesure reste temporaire, il n'y a rien d'illégal.

Le tout en espérant apprendre à l'enfant, graduellement lors de ses sorties, à mieux se comporter. Ce qui me tue dans tout cela, c'est que bien des enfants ayant goutté à cette mesure ont été relocalisé ou ne sont plus scolarisé aujourd'hui. Pourquoi le système scolaire met tant de temps à placer les enfants là où il le faut? Pourquoi personne ne se mobilise pour s'assurer d'une bonne médication? Pourquoi le système scolaire coupe sans cesse les services quand la clientèle, elle, en requiert davantage?

Je suis aberrée devant toutes ces failles. Je suis dépassée par la situation. Je suis découragée devant l'année scolaire que je m'apprête à vivre.

Dès demain, je devrai par dessus mes principes moraux pour survivre, préserver la santé de mon éducatrice et la mienne. J'espère seulement que cette mesure ne servira pas longtemps et que la médication du petit nouveau fera effet afin de lui permettre d'être libre, afin de lui permettre de partager l'environnement avec nous tous, afin de lui permettre de faire des apprentissages si minimes soient-ils, mais des apprentissages.

J'espère avoir la force de finir mon année scolaire si la situation ne s'améliore guerre. Je veux être là pour les autres, je veux pouvoir leur faire profiter de tout l'amour que je leur porte et de toute la confiance que j'ai envers eux, envers leur apprentissage, envers leur développement.

Je m'investie beaucoup et je prends mon travail vraiment à coeur...
Peut-être même trop parfois...mais je veux m'assurer de pouvoir l'effectuer du mieux possible, mais pour cela, ça prend un minimum de condition!!!

1 commentaire:

Ju! a dit…

Je suis complètement outré par ce genre de pratique animal! C'est d'un ridicule! Ca me fache, ça me fait beaucoup de peine.

On n'a beaucoup de misère avec les systèmes au Québec! Celle de la santé et celle de l'éducation! Il y a certainement eu une lacune dans le dossier de cet enfant. Qui la évalué? Ou qui ne l'a pas fait! Bref, ce petit garçon n'est assurément pas à la bonne place. Entre 4 murs, oui, mais pas des murs qui se referme sur lui. Malgré son ignorance et son innocence, ce petit bout de vie est déjà malheureusement enfermé, magré lui.

Je n'en connais pas beaucoup sur les otises, mais je sais qu'ils sont une chance inouïe de t'avoir à leur côté. Tu es une enseignante hors du commun et je t'admire énormément. Je ne suis pas la seule. Tu leurs apporte beaucoup. Ce sont tes enfants et ils le ressentent très certainement.

Courage ma belle, je t'appuie.